ANALYSE DU REFLET

 Spontanément nous ne connaissons et n’appréhendons le monde que par sa surface, c’est ce à quoi nous avons un accès immédiat, c’est ce que nous connaissons le mieux, ce à quoi nous sommes habitués. Les diverses représentations des choses et des êtres à travers les âges et les sociétés sont à percevoir comme les chemins conduisant directement à l’essence de la réalité humaine car elles sont les reflets sincères d’un temps et d’un moment donné. Les images que l’humanité crée sont indiscutablement subjectives, et qu’il y a-t-il de mieux pour explorer la réalité de l’être humain, ses codes, ses jeux, ses peurs, ses joies, ses haines… que d’explorer le reflet de sa propre subjectivité?

  Ici, l’ancrage dans la réalité ne passe pas par une imitation servile de celle-ci, mais par sa suggestion, avec pour principaux référents les images produites par l’humanité en tout lieu et en tout temps. Nous assistons à un savant jeu de miroirs inversés renvoyant l’image à sa propre réalité, à sa forme primitive, l’image est invoquée en tant qu’image et non plus au nom de ce à quoi elle renvoie. Et c’est en sa qualité d’image, objet superficiel, qu’elle permet une plus libre et plus profonde analyse du monde qu’elle suggère.
  Par exemple, dans mon travail je parle (entre autres) de la représentation de la violence, pas de la violence en elle-même. En même temps, en étudiant la façon dont l’être humain met en image ses propres sévices, on analyse le rapport de l’humanité à la violence.

  Finalement, le réel ne se trouve-t-il pas plus dans la projection fantasmagorique du monde que dans la matérialité de celui-ci?

Johanna Perret